Un hiver sans jouer, une blessure, une année chargée, des enfants en bas âge : les raisons de mettre le golf entre parenthèses ne manquent pas. Puis vient le jour où l'on veut s'y remettre — et la première partie fait peur. « Je vais tout avoir oublié. » Bonne nouvelle : on n'oublie jamais vraiment le golf. Encore faut-il reprendre dans le bon ordre pour retrouver du plaisir dès la première sortie, plutôt que de se dégoûter sur les trois premiers trous.
Non, vous n'avez rien perdu (ou presque)
La crainte la plus répandue chez ceux qui reprennent, c'est d'avoir tout perdu. Rassurez-vous : ce n'est pas ce que disent les neurosciences. Un geste appris et répété en situation réelle laisse une trace motrice durable dans le cerveau — c'est la mémoire procédurale, la même qui vous fait remonter sur un vélo après des années sans pédaler. Ce que vous avez construit ne s'efface pas. Il se met en veille.
Ce qui a « rouillé », ce n'est donc pas le mouvement lui-même, mais son accès rapide : la coordination fine, le tempo, les sensations de contact. Et cela, ça se réamorce en quelques séances, pas en quelques mois. Depuis 1996, je vois régulièrement des joueurs revenir après un an d'arrêt persuadés de repartir de zéro, puis retrouver leurs sensations bien plus vite qu'ils ne l'imaginaient. La clé n'est pas de réapprendre — c'est de réveiller ce qui dort, sans le brusquer.
Commencez par le green, pas par le driver
L'erreur classique de la reprise, c'est de foncer au practice taper des seaux de balles au driver « pour se refaire la main ». C'est le meilleur moyen de crisper le geste, de fatiguer un corps déshabitué et de récolter une série de coups ratés qui entament le moral. Vous connaissez ma méthode : tout part du green, et la reprise ne fait pas exception.
Le petit jeu et le putting sont les gestes les plus lents, les plus fins, les moins traumatisants pour le corps. Ce sont aussi ceux qui reviennent le plus vite — et ceux qui représentent près de la moitié de vos coups sur une partie. Reprendre par le green, c'est réamorcer le toucher et la précision en douceur avant de demander au corps des mouvements amples. C'est retrouver la sensation de la balle qui rentre, donc la confiance, avant même d'avoir sorti un fer.
On ne reprend pas le golf en tapant fort. On le reprend en retrouvant le contact, une balle à la fois, du green vers le départ.
Réveillez le corps avant de réveiller le swing
Après une longue pause, le corps a perdu en mobilité et en amplitude, surtout au niveau des rotations de buste et des épaules. Reprendre le grand jeu sans préparer ce terrain, c'est prendre le risque d'un lumbago dès la deuxième séance — un scénario que je vois trop souvent, en particulier chez les joueurs qui reviennent après cinquante ans.
Avant de rejouer, accordez deux ou trois semaines à la mobilité : quelques minutes par jour de rotations douces, de balanciers de jambe, de cercles d'épaules. Puis, sur le terrain, montez progressivement. Des demi-swings avant les swings complets, un wedge et un fer 9 avant les longs fers, et le driver en dernier — quand le geste est de nouveau fluide. Les petits mouvements avant les grands : c'est valable pour apprendre, ça l'est tout autant pour reprendre.
Baissez vos attentes, remontez votre plaisir
Le piège mental de la reprise, c'est de se comparer au joueur qu'on était « avant ». Vous vous souvenez de vos meilleurs coups, jamais de vos ratés — c'est humain. Résultat, la première partie déçoit forcément, puisqu'on la mesure à un souvenir embelli. Ce décalage, si on n'y prend pas garde, suffit à décourager.
Alors changez d'unité de mesure. Pour vos premières sorties, oubliez la carte de score. Fixez-vous des objectifs de moyens simples : garder un tempo régulier, terminer chaque trou sans vous énerver, réussir trois beaux contacts dans la partie. Le score reviendra tout seul, à mesure que les sensations se réinstallent. Ce qui compte, à la reprise, c'est de renouer avec le plaisir de jouer — parce que c'est lui, et rien d'autre, qui vous ramènera sur le parcours la semaine suivante.
Faut-il reprendre un cours ?
Pour beaucoup de joueurs qui reviennent, une ou deux séances avec un professionnel accélèrent énormément la reprise. Non pas pour tout réapprendre, mais pour éviter que de mauvaises habitudes ne se réinstallent, et pour remettre les priorités dans le bon ordre. Un œil extérieur repère en dix minutes ce qui coince réellement — souvent, ce n'est pas ce que vous croyez.
C'est aussi tout l'intérêt d'un cours mené directement sur le parcours plutôt que sur un tapis de practice : on vous voit jouer dans les conditions réelles où vous rejouerez, avec de vraies pentes, de vrais lies, un vrai enjeu. La reprise se cale alors sur votre jeu tel qu'il est aujourd'hui, pas sur un swing théorique. Sur les parcours où j'enseigne en Île-de-France, à Mont-Griffon comme à Ableiges, c'est exactement ce que je fais avec les joueurs qui reviennent : on part du green, on remonte doucement vers le départ, et on retrouve d'abord le plaisir. Le reste suit.
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